samedi 29 août 2009

Haïku photographique

Les chrysanthèmes
Lumière et ombre
Nature morte


samedi 27 juin 2009

Après Après la pluie

Je n'ai qu'un goût très modéré pour la hiérarchie, et les choses administratives m'emmerdent. Et pourtant. Et pourtant, je pleure ce personnage de chef administratif, envolé dimanche dernier à l'occasion d'une ultime accolade avec la secrétaire brune. Oh ! on n'avait pas grand chose en commun tous les deux. Mais voilà, avec le temps un peu, avec le travail surtout, naissent une amitié et une complicité. Le comédien est un marionnettiste, ou mieux : un peintre. Le personnage ne se laisse jamais vraiment découvrir, mais par petites touches successives, l'acteur finit par en construire une image dans laquelle il se glisse.

Et on finit véritablement par s'y attacher, à nos personnages. Aussi, j'eus de la peine quand le chef administratif et ses accolytes finirent par s'évaporer à l'isssue de nos deux représentations, en me réjouissant néanmoins de les avoir un peu connus. Ah, que de temps passé sur cette terrasse et sa vue imprenable du haut des 49 étages, soit 49*3.50= 170,50... non 171,50 mètres pardon, même si on n'est pas un mètre près, non bien sûr. Ben oui, j'étais bien là haut. Je m'y sens bien. Que de clopes fumées en compagnie du programmeur, un peu coincé certes, mais pas méchant pour un sou. Et ma chère tête blonde dans la cinquième scène ! Je n'étais pas toujours tendre avec elle, mais elle savait parfaitement que je l'aimais bien, sinon pourquoi lui avoir offert cette robe en soie ? Puis, malgré ma complicité-rivalité avec cet animal de directrice - un sacré caractère aussi, celle-là - je ne sus capturer l'étrange oiseau de secrétaire châtain pour l'enrôler dans notre nouvelle entreprise pour un travail limité, certes, mais profondément captivant. Quant à cette pile électrique, le petit coursier danseur... un marrant, lui ! Il finit comme tous les Don Juan - avec la corde au cou - mais elle le branchait tellement, cette rousse tapée qui entend des voix. Le Don Juan avec sa Jeanne d'Arc, en quelque sorte. Et puis, et puis... dans ce monde un peu détraqué, il était écrit que je ne m'en sortirais pas indemne. Sans ma fille, je me retrouve à terre. Sans bouger. Un radis. Puisse la secrétaire brune - cette personne normale, naïve et touchante - venir avec moi, je ne sais pas pourquoi, mais venir avec moi.

Bonne chance à vous tous, mes amis programmeur, secrétaires, coursier et directrice. Et merci de nous avoir accompagnés tout au long de cette année à nouveau exaltante. C'était un réel plaisir que de vous avoir animés. J'espère vous revoir très bientôt, qui sait.

J'aime l'idée de savoir que je serai toujours le chef administratif. À jamais radis. Tout comme je demeure Riccardo degli Arcolai, gentilhomme des Abruzzes. Quand ce n'est pas ce rustre de Maurizio qui s'éveille en moi. Cette ribambelle n'est pas près de s'arrêter ! Petit à petit, la palette de personnages s'étoffe, et c'est l'image de soi-même qui en émerge.

jeudi 30 avril 2009

Avant la pluie

Ça ne va pas du tout. Dernière note en date, le 6 mars. Merci qui ? Merci Piccoli. Foin d'excuses en tout genre : je suis paresseux, voilà tout. Trouver le bon sujet drôle et original, voilà qui est difficile. Un bon brainstorming s'impose de toutes urgences afin de dépoussiérer un peu ce blog.

En période de crise se tourner vers les valeurs refuge, entend-on dire ici ou là. Aussi, je vais vous parler un peu de théâtre. Oh ! pas le grand théâtre, celui de Piccoli et compagnie. Non, je vous parle d'un théâtre à la fois plus laborieux mais beaucoup plus excitant : le théâtre du mardi. C'est ainsi : je préfère être un comédien médiocre qu'un excellent spectateur. Dont acte.

Quelques-uns parmi vous se souviendront peut-être de cette note écrite l'été dernier dans laquelle je relatais ma première -et rustre- expérience théâtrale, entre soulagement et mélancolie. Nul doute que ces sentiments referont surface cette année encore, une fois que la joyeuse troupe, fatiguée mais heureuse, se dispersera après une ultime averse d'un premier soir d'été. Mais nous n'en sommes pas encore là.

Goldoni laisse place cette année à Sergi Belbel, auteur contemporain qui dirige actuellement le Théâtre National de Catalogne. La pièce, sur laquelle s'échine depuis plusieurs mois la petite dizaine de comédiens amateurs que nous sommes, s'intitule Après la pluie (Després de la pluja, en bon català). À la baguette, Magali se charge de la mise en scène, de nous distiller de judicieux indices d'interprétation, de la bande-son,... bref, de tout ! J'aime cette période charnière. Les premiers rounds d'observation sont passés et les personnages nous semblent de plus en plus familiers. Leurs contours s'affinent, à l'approche du mois de juin. Quelle vision grossière j'en avais dans le creux de l'hiver ! On se laisse bien sûr encore surprendre par de nouveaux éléments qui avaient échappés à notre vigilance littéraire. Néanmoins une vision globale des personnages -et surtout de leurs relations mutuelles- commence à émerger. Avec le temps et presque de manière naturelle, chacun finit par trouver son rôle -alchimie unique entre le personnage et notre personnalité. Tout cela va encore évoluer, quelques pièges nous attendent, mais notre lecture collective est maintenant assez bien définie.

La période qui s'ouvre n'en est pas moins excitante ! Tout aussi laborieuse, mais de nature différente. Le travail de précision commence. Du qualitatif au quantitatif, en quelque sorte. Le placement, la voix, les intonations, le texte... tout doit devenir plus précis. Fort heureusement, une pièce n'est jamais figée et deux représentations ne seront jamais égales. C'est d'ailleurs la force du théâtre par rapport au cinéma. Toutefois, beaucoup de repères doivent encore être définis et c'est ce sur quoi nous allons devoir nous attacher. C'est aussi la période des italiennes, ces répétitions mécaniques de textes qui se refusent encore à notre mémoire.

Enfin, enfin, viendra le temps du sprint final. Le temps des costumes, le temps des ultimes répétitions, des ultimes transpirations. Le temps des loges, le temps de la peur et de l'excitation. Adrénaline du public ! Bang !!! Comme je m'emporte. Mais comme c'est grisant. J'aurai le temps d'y revenir, si toutefois ma paresse et mon personnage m'en laissent le loisir.

vendredi 6 mars 2009

Le Vieillard d'Ostende

Je viens de vivre au théâtre de Carouge un grand moment, c'est évident. Un moment spécial, émouvant, unique. Aussi, je tiens à remercier très chaleureusement Jenny, Roxane, et Michel. Les deux premières pour m'avoir permis de voir le troisième sur scène. Mes soeurs et Piccoli.

Bien sûr, en allant voir Piccoli jouer Minetti, je vais d'abord voir le monument. Ou le dinosaure devrais-je dire, pour reprendre la note que j'avais écrite après le concert d'Aznavour. Dans un premier temps, l'acteur écrase la pièce de Thomas Bernhard. Le mythe supplante la performance. Appelons cela un syndrome paléolithique. C'est dommage, mais forcément inévitable. Surtout qu'en dégageant un tel charisme, Piccoli ne nous facilite franchement pas la tâche.

Puis on se laisse emporter, doucement. En écoutant, on finit par voir Minetti apparaître. Ce pauvre vieillard, cet acteur déchu obnubilé par Lear qu'il a joué. Autrefois. Dans une autre vie. Peut-être. Lear qu'il a interprété, portant le masque que James Ensor lui a fabriqué, rien que pour lui, Minetti. Ce masque - cette preuve ultime de ses souvenirs - est détenu dans sa valise, en compagnie d'improbables coupures de presses louant son génie. Ou sa chute, suite à sa décision voilà 30 ans de ne plus jamais remonter sur les planches pour jouer du théâtre classique. Sauf Lear, évidemment. Quelle tristesse de le voir soliloquer dans ce hall d'hôtel glauque, à ruminer sa vie en distillant ces réflexions sur l'art dramatique ou la mathématique, auprès de qui une bourgeoise ivre morte, qui un garçon d'hôtel un peu trop zélé.

Quelle performance ! La pièce est essentiellement un monologue d'une heure et demie. Autrement dit, quatre-vingt-dix minutes à déblatérer sur la vie, à peine interrompues par les passages impromptus d'un nain et de jeunes fêtards, ou encore par le fou rire alcoolisé de la bourgeoise décadente déjà mentionnée. Quelle prouesse, et quelle justesse, tout parait si simple pourtant...

De manière amusante, je vous parlais d'une comédie musicale de Jacques Demy dans la note précédente. Des Demoiselles de Rochefort à ce Vieillard d'Ostende, je vous salue bien bas, Monsieur Piccoli !

vendredi 30 janvier 2009

Les demoiselles nuisent gravement à la conduite

Enfin, celles de Rochefort en tout cas. Pas de procès en misogynie ! Soyons honnêtes, il faudrait être sacrément dénué de tout sensibilité musicale - humaine ? - pour rester de marbre à l'écoute de la bande originale du film de Demy. Or, une telle stimulation peut s'avérer dangereuse - voire tout à fait incompatible - dans certains cas, comme la conduite automobile par exemple. J'en fis l'expérience ce matin alors que je roulais sur l'autoroute. Emportée par ses émotions (Nous sommes des soeeeuuurs jumelles!), ma très chère Polo s'est mise, de manière quasi-mécanique, à accélerer plus que de raison. Fort heureusement, aucun radar n'est venu troublé ce moment d'extase musicale. Plus que la crainte de payer une amende, je frémis à l'idée d'apparaitre hilare, transcendé, orgasmique, sur un cliché traînant dans un quelconque commissariat haut-savoyard. Ceci étant dit, il demeure que conduire en écoutant Les Demoiselles de Rochefort est une activité dangereuse qui doit être proscrite. De même, j'ajouterais volontiers sur la liste de cet axe du mal musical Poupée de cire, poupée de son dont l'orchestration diabolique d'Alain Goraguer m'a souvent fait flirter dangereusement avec l'illégalité routière.

Tant qu'il n'y aura pas de signal WiFi en voiture, je te propose, cher lecteur, de profiter de ce qui me semble être la perle de l'album, Marins, Amis, Amants ou Maris, et qui est la cause du débordement sus-mentionné.
Les marins sont bien plus marrants
Que tous les forains réunis
Les marins font de mauvais maris
Mais les marins font de bons amants
Marins, amis, amants ou maris
Les marins sont toujours absents



ps: en plus d'enfreindre la loi et de prendre des risques inutiles, j'étais tout prêt de tomber en panne d'essence. Bref, raison de plus pour bannir à jamais Les Demoiselles en conduisant.