vendredi 6 mars 2009

Le Vieillard d'Ostende

Je viens de vivre au théâtre de Carouge un grand moment, c'est évident. Un moment spécial, émouvant, unique. Aussi, je tiens à remercier très chaleureusement Jenny, Roxane, et Michel. Les deux premières pour m'avoir permis de voir le troisième sur scène. Mes soeurs et Piccoli.

Bien sûr, en allant voir Piccoli jouer Minetti, je vais d'abord voir le monument. Ou le dinosaure devrais-je dire, pour reprendre la note que j'avais écrite après le concert d'Aznavour. Dans un premier temps, l'acteur écrase la pièce de Thomas Bernhard. Le mythe supplante la performance. Appelons cela un syndrome paléolithique. C'est dommage, mais forcément inévitable. Surtout qu'en dégageant un tel charisme, Piccoli ne nous facilite franchement pas la tâche.

Puis on se laisse emporter, doucement. En écoutant, on finit par voir Minetti apparaître. Ce pauvre vieillard, cet acteur déchu obnubilé par Lear qu'il a joué. Autrefois. Dans une autre vie. Peut-être. Lear qu'il a interprété, portant le masque que James Ensor lui a fabriqué, rien que pour lui, Minetti. Ce masque - cette preuve ultime de ses souvenirs - est détenu dans sa valise, en compagnie d'improbables coupures de presses louant son génie. Ou sa chute, suite à sa décision voilà 30 ans de ne plus jamais remonter sur les planches pour jouer du théâtre classique. Sauf Lear, évidemment. Quelle tristesse de le voir soliloquer dans ce hall d'hôtel glauque, à ruminer sa vie en distillant ces réflexions sur l'art dramatique ou la mathématique, auprès de qui une bourgeoise ivre morte, qui un garçon d'hôtel un peu trop zélé.

Quelle performance ! La pièce est essentiellement un monologue d'une heure et demie. Autrement dit, quatre-vingt-dix minutes à déblatérer sur la vie, à peine interrompues par les passages impromptus d'un nain et de jeunes fêtards, ou encore par le fou rire alcoolisé de la bourgeoise décadente déjà mentionnée. Quelle prouesse, et quelle justesse, tout parait si simple pourtant...

De manière amusante, je vous parlais d'une comédie musicale de Jacques Demy dans la note précédente. Des Demoiselles de Rochefort à ce Vieillard d'Ostende, je vous salue bien bas, Monsieur Piccoli !

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